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Photo : A. Trekker

Pourquoi tenons-nous tant au passé? Il y a  cinquante ans, le 4 août 1962, la loi Malraux répondait à cette question et établissait le principe et les conditions de la conservation du patrimoine, la réhabilitation des bâtis, la modernisation des logements et des réseaux.

A Sarlat, près de chez nous, une exposition se tient dans la maison de la Boétie qui donne à voir ce que cette loi a permis de réaliser dans cette ville au patrimoine remarquable. Pouvait-elle trouver meilleur lieu pour s'exposer que cette demeure qui vit naître l'ami de Montaigne?  L'auteur du " Discours de la serviture volontaire", publié en 1576, propose une analyse des rapports de maître à esclave reposant sur la peur, la complaisance, la flagornerie et l'humiliation de soi, qui reste pertinente à l'heure contemporaine. J'ai aimé ce rapprochement entre ces deux hommes si différents par leurs époques mais si proches par le désir de ne pas abandonner le passé à l'ignorance, l'indifférence et la démolition au profit de quelques nouveaux maîtres à penser et à décider.   

C'est dans le miroir du passé que s'érigent notre présent et notre avenir.

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 photo: A. Trekker

En relisant l'intervention d'André Malraux à l'assemblée nationale le 23 juillet 1962 pour présenter son projet de loi, je retiens ces quelques phrases que j'ai envie de partager avec vous : " Nous savons mal pourquoi nous tenons à notre passé, mais nous savons bien que nous y tenons et que toutes les nations tiennent aujourd'hui au leur, non pas lorsqu'elles y sont encore enrobées - elles aspirent alors à le détruire - mais lorsqu'elles se réclament passionnément de l'avenir." Et de nous donner des exemples de ce lien entre passé et avenir : "Mais voici que les constructeurs de gratte-ciel emplissent leurs musées du passé de l'Europe ou de celui des Indiens, les constructeurs de Brasilia restaurent leurs villes baroques, l'Union soviétique restaure ses monuments byzantins mieux que ne le faisaient les tsars, et aucun gouvernement chinois n'avait mis en place une archéologie semblable à celle de la Chine populaire de Pékin. New York est meublé de bureaux métalliques, mais aussi de salons du XVIIè siècle. (...)"  

Combien tout cela me parle! Si je suis ici, dans ce pays de Beynac, ouverte aux saveurs du présent et emplie de projets d'avenir, c'est que deux hommes m'y ont montré le chemin en me reliant à leur passé et leur histoire, s'affirmant comme pères symboliques. Ici, au pays qui me ressemble, s'élabore peu à peu le désir de me reconstruire une histoire, livre après livre, mot à mot, comme on érige pierre à pierre les vieux murs écroulés. Redonner forme au passé et présence à l'avenir. Celui de nos fils et fille et de nos petits-fils qui sont venus nous rejoindre pour les vacances.

Il m'a semblé que la meilleure preuve que Malraux avait raison, c'était de voir ces vieilles rues de Sarlat et les escaliers des châteaux restaurés des alentours, emplis de familles avec des petits-enfants qui mettaient leurs pieds dans ceux de ce passé revisité.

 

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