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Photo: A. Trekker

C'est l'histoire d'un petit garçon de quatre ans qui aime les doudous, les croissants au chocolat ou au miel et les vacances au soleil. Un petit garçon qui a rejoint pour la première fois ses grands-parents dans leur maison du Périgord, avec son grand-frère, sa maman et son papa.

C'est l'histoire d'une aventure. Celle d'un accident de voiture au départ, près de Reims. La rencontre avec un camion suivi d'une remorque emplie de ballots de foin. Personne n'a été blessé mais la voiture a été secouée. Le camion a continué son chemin. Un automobiliste qui suivait s'est arrêté et est venu en aide pour appeler la police. Les policiers ont averti un dépanneur qui a conduit toute la famille en ville. Le petit garçon a bien aimé voyager en dépanneuse. La compagnie d'assistance a fourni une première voiture de remplacement pour continuer le voyage. Deux autres voitures viendraient ensuite prendre la relève.

C'est l'histoire d'une famille qui s'est retouvée autour de trois générations, découvrant des petits coins sympas pour se poser à l'ombre le matin : un jardin d'eau, une réserve zoologique et une gabarre sur la Dordogne. L'après-midi, le petit garçon a aussi chevauché un dauphin et une moto gonflés d'air pour traverser la piscine.

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Photo: A. Trekker

C'est l'histoire d'une chute. A la veille de son départ, le petit garçon est sorti ruisselant de la piscine et il a galopé vers la douche. Ses  pieds mouillés ont dérapé sur le carrelage et il a glissé. Sa tête a heurté l'arrête d'une marche et une raie rouge s'est dessinée sous ses cheveux. Il a pleuré, crié, hurlé. Les adultes ont tamponné la plaie, posé des glaçons, donné des granules. La maman l'a pris et bercé doucement sur ses genoux. On a appelé le 112 ! Au bout du fil, une voix a annoncé qu'on était bien chez les pompiers, aux services d'urgence. La voix avait ce léger accent des gens d'ici, qui déjà réconfortait. Elle a promis qu'une équipe allait arriver dès que possible.

Le temps paraît long lorsqu'on attend des secours. Dès qu'on a entendu la sirène, l'angoisse s'est apaisée. Le papa est parti à la rencontre des pompiers car la maison se trouve dans une très petite rue qui n'est pas encodée sur les GPS. Trois grands gaillards avec un sac à dos ont surgi devant la terrasse. On se sentait un peu gêné d'avoir dérangé toute une équipe pour la chute d'un petit garçon. Mais les hommes nous ont rassurés, disant qu'ils étaient là pour cela. L'un a regardé la blessure, l'autre a sorti un petit appareil où l'enfant devait poser le bout du doigt tandis que le troisième prenait son pouls. Mais surtout ils ont continué de sourire au petit blessé en lui parlant, lui posant des questions. L'enfant répondait, un peu intimidé. Il ne pleurait plus, mais guettait les gestes et les mots de ces hommes venus à son secours.

La blessure demandait des soins, quelques points de suture. Les pompiers ont proposé d'emmener la maman et le petit garçon dans leur "grande auto rouge" vers l'hôpital le plus proche. L'un d'entre eux a demandé au petit s'il pouvait le prendre dans ses bras pour le porter jusqu'à la voiture où il allait faire un voyage avec sa maman. Et l'enfant d'un geste de la tête a opiné bravement, lui qui s'effarouche si vite d'habitude.

C'est la fin d'une aventure. Le papa et le grand frère sont allés rechercher la maman et l'enfant à l'hôpital. Dès le lendemain ils sont repartis vers la Belgique car leurs vacances se terminaient. Avant qu'il ne me quitte, j'ai demandé au petit garçon de poser sa main sur ma jambe. Juste pour que nous sachions, lui et moi, l'importance du lien. Le nôtre et celui qui nous relie aux inconnus qui croisent notre route, lorsque nous avons besoin d'aide.

 

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Photo: A. Trekker

C'est aussi le début d'une rencontre. Ce matin, une petite dame frêle et courbée, qui habite au coin de notre rue, nous a hélés au retour du marché. Nous n'avions pas encore eu le temps de faire connaissance. A petits pas, elle est venue vers nous et a tendu la main pour nous saluer. Elle nous a demandé: "Et le petit, comment va-t-il? " Une conversation s'est engagée. Elle nous a dit qu'elle avait 92 ans. J'ai pensé qu'elle était pleine de promesses cette vieillesse-là, qui avait su conserver la grâce de se préoccuper de la santé d'un "petit" plutôt que de se plaindre du bruit qu'il fait.