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Photo: A. Trekker

La vie n'est pas un long fleuve tranquille. Petite je l'ai cru, enfant unique poussant en vase clos dans une famille aimante. La vie, par chance, s'est chargée, en cours de route, de me détromper. Aujourd'hui je sors toute cabossée d'une longue étape dont les chaos m'ont brisé les reins et parfois le moral. Ce matin,,je pleurais. Ce soir, je souris.

Ma vie va et vient, comme une vieille Land-Rover. Nous avons parcouru ensemble 63 bornes. Peu et beaucoup, selon le regard et la lumière du jour. Il y a de la poussière sur le capot mais elle a de l'allure, cette vieille râleuse qui fait du tout terrain. Je lis Jim Harrison, "grand maître", juste pour aller voir où je n'y suis pas. Dans une littérature qui me décape.

Il est bon parfois de se laisser cahoter le long de pistes improbables. Dans un café de la Place Jourdan, j'ai rencontré celle que je pensais ne plus jamais croiser. Nous avions chacune un secret bien enserré dans notre sac à main, cadenassé dans un coffre à trésor. Je lui avais envoyé un livre en messager. Elle m'avait téléphoné et nous avons ouvert les fermetures éclairs de nos bouches murées pour prendre la route sans avoir tracé d'itinéraire. Dans la confiance en la vieille bagnolle qui avait gardé fière allure. Celle d'une grande voyageuse entre les bosses et  fosses du destin. Elle affichait au compteur bien des kilomètres de chemins creux, d'embourbements et de pneux crevés. Nous avons embarqué sans avoir attaché les ceintures. Où allons-nous? Qui nous le dira? L'avenir seul le sait. Et tout à coup, il me semble que c'est bien ainsi. L'important est d'être en route.