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Photo:A. Trekker

Je la connais depuis plusieurs années. Elle écrit des fragments de l'histoire de sa vie avec une délicatesse et une précision qui jamais ne cache la réalité, la dévoilant seulement avec discrétion. Sa voix est douce, sa silhouette fine et élancée. Il semble qu'elle se donne à voir davantage dans son reflet que sa présence.

Cette fois cependant, je l'ai rencontrée dans toute sa splendeur. Je la savais attentive aux détails, à la relation à l'autre, amoureuse des jardins et de sa demeure. Je croyais non pas la connaître mais la deviner et parfois j'avais pour elle de plus grands projets que les siens. Je savais alors qu'il fallait m'effacer en coulisses et ne rien imposer.  L'accompagnement est un art difficile.

Cette fois, c'est elle qui allait me faire la courte échelle, m'invitant chez elle. Elle qui me poserait des questions et ouvrirait le cercle de la parole autour de mon écriture. Et tout fut délices et étonnements. La maison d'apparence classique sous son parement de briques sobres, se révélait, dès le seuil franchi, un écrin de bois patiné de blancheur ouatée. Les meubles, les fauteuils, les chaises s'y posaient dans une naturelle élégance, alliant la grâce à la personnalité. Partout des bougies offraient le tremblement de flammes dansantes. Tout ici portait la marque d'une passion attentive, même le désordre. Et puis et surtout il y avait le jardin dont elle nous avait laissé entrevoir la patiente organisation mais aussi l'étonnante imagination. Car elle aimait le façonner mais aussi se laisser façonner par lui au gré de ses pensées et de ses émois les plus profonds, comme elle cherchait à l'oser avec les mots, ce jardin de l'âme.  Sans trop oser y croire, en créant de petite merveilles qu'elle camoufflait derrière un air de petite fille sage, de femme rangée.

Dans le reflet de cette femme discrète, j'ai saisi combien il était révélateur d'emprunter ces petits chemins de passage, à l'écart des grands routes médiatisées, et de jouer à saute-moutons avec les flaques d'eau tout en guettant le reflet des grands arbres qui sy miraient. Combien l'essence même de la vie s'y trouvait réfléchie, dans la limpidité de l'eau apaisée.