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Photo: A. Trekker

Ce fut une belle rencontre hier, chez mon amie Véronique. Elle avait proposé d'y présenter mon livre "Sarah sur un fil d'encre". J'avais accepté. J'aimerais m'installer dans cette maison accueillante pour parler de Sarah, cette femme qui dans le miroir de l'écriture me ressemble. Il y avait là une vingtaine de lectrices et lecteurs, dont certaines et certains m'étaient connus pour avoir participé à l'une ou l'autre de mes tables d'écriture et d'autres inconnus. Du regard je me suis emplie des tonalités chamarrées de ce tissu d'écoute qui allait animer le livre. A mes côtés, la présence de cette femme aux yeux pétillants, la maîtresse des lieux, qui allait allumer le feu de nos énergies croisées au coeur du paysage enneigé. J'ai goûté le plaisir intime d'être accompagnée.

Ce fut une belle rencontre qui m'a mise au travail, et c'est bien là un des enjeux de toute écriture. Celle de l'accouchement d'un auteur. On ne sort pas indemne d'un livre, surtout lorsqu'il puise son origine dans l'histoire personnelle. Mais en existe-t-il d'autres? L'écriture est à l'origine d'un processus qui nous dépasse.

Qu'ai-je entendu qui m'a fait bouger, qui me fait encore frémir, dans les retours d'hier et d'avant hier, dans ces petits papiers qui viennent s'afficher aussi sur l'écran de ma messagerie. Avant tout, que mon histoire n'est pas singulière mais bien plus collective et universelle que je ne le pensais, même si la manière de l'écrire m'est personnelle. La langue, la forme est ce par quoi j'affirme mon autonomie et ma singularité par rapport à l'histoire d'une vie, d'une époque, d'une famille découpée dans une étoffe partagée. Le travail sur la langue est bien ce par quoi j'ai choisi de me mettre en position de fragilité, et par là même de force, l'une n'allant pas sans l'autre.

De cette mise en couleurs du tissu de la vie par l'écriture comment ne pas admirer aussi les points de broderies et d'assemblage apportés par les lecteurs et lectrices? D'elles et d'eux me sont parvenus, hier encore, hier surtout une double découverte : que j'avais eu le courage, malgré les échecs et les traversées du désert, de tracer ma vie et d'en répondre face au monde extérieur. Mais aussi qu'en traçant ce parcours et en le contant, j'avais pu prendre une distance suffisante pour n'égratigner personne en chemin et pour pouvoir le partager avec chacune et chacun, en intime complicité.