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Photo:A. Trekker

L'hiver se traîne. Le froid résiste et voilà que la radio annonce à nouveau des chutes de neige.

Nous partons tôt, bien plus tôt que prévu, à cause de la route incertaine. Surtout ne pas être en retard pour cause de pluie verglaçante ou autre caprice météo. Ne pas manquer le rendez-vous. C'est à dix heures trente précises dans le petit château blanc au bord du l'étang. Nous allons les rejoindre auparavant dans leur appartement. Les futurs mariés !

Ils vivent ensemble depuis plusieurs années. Aujourd'hui ils vont prononcer ces paroles très simples qui les engagent devant la société. Bien sûr, je sais que ce rituel est dépassé dans un monde où tout bouge si rapidement, où les couples se font et se défont en quelques mois, pour le meilleur et pour le pire. Je sais et cela ne change rien. Les lumières dans leurs yeux, les lumières de la fête m'émeuvent comme une petite fille devant une vitrine de Saint Nicolas.. En l'écrivant, je mesure que ce n'est pas tout à fait juste. C'est peut-être de les avoir trop peu connues, du temps de mon enfance qu'aujourd'hui je recherche ces étincelles d'éternité avec une telle intensité.

La mariée est ravissante dans sa robe légère aux couleurs de lune, le marié a enfilé un costume noir sur une chemise blanche qui lui fait la silhouette élancée. Ils marchent du même pas, même s'ils ne sont pas nés dans le même monde. Elle en Afrique, lui en Europe. Elle, la cadette d'une famille de neuf enfants, lui, l'aîné d'une famille de quatre. Un souffle rusé du hasard les a fait se croiser sur un chemin buissonnier. Ils se sont trouvés en secret au creux d'un jour discret. Aujourd'hui ils s'avancent en public vers les deux sièges qui les attendent. Derrière eux, à gauche, nous les parents du marié et ses témoins, venus du pays froid. A droite, la maman de la mariée venue par avion de la chaude Afrique et ses témoins. Puis s'installent les fratries réunies, frères et soeurs de toutes les couleurs, du café noir au lait russe. Et une nuée d'enfants de tous âges s'éparpillent entre les rangées.

Ils disent "oui" et s''élève le "youyou" de la tante, cri modulé qui remue l'assemblée.

Place à la fête !  Avec un plantureux buffet car manger ensemble scelle la rencontre et les liens entre les familles. Après viennent les discours qui font sourire et rire et les paroles qui soudain ourlent les regards d'émotion.Tous à leur manière disent la même chose : que ces deux-là sont bien assortis et que l'on est heureux de voir arriver ce nouveau fils chez eux, cette nouvelle fille chez nous. Que ces deux-là forment une belle alliance dont les familles se réjouissent. Il y a la musique, les danses, les tartes de "chez Françoise" et le coeur en fête.

En partant, je ressens combien il était temps que ce joyeux métissage vienne raviver les couleurs de notre vieil arbre.