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photo/ A .Trekker

C'est l'histoire d'un cercle magique réuni le temps de quelques après-midis de printemps dans un sous-sol aux fenêtres grillagées mais aux murs ensoleillés de jaune éclatant.

Sont assis autour des tables posées en carré quelques hommes venus de pays de l'Afrique noire et quelques femmes venues des terres de schiste et de marne, issues de la Gaume et l''Ardenne aux hivers blancs.

Il y avait là nos histoires à partager à travers l'écriture. La fierté de l'appartenance et des origines, les références aux parents et grands-parents qui avaient transmis la vie et les premières racines. Les chemins plus ou moins ardus des apprentissages, des savoir-faire et des savoir-être. Les douleurs, les souffrances, les rires et les réussites. Les lendemains en point d'interrogation, emplis d'espoirs et de désirs. Les textes disaient les rencontres en chemin et les liens qui furent noués entre gens d'ici et gens d'ailleurs.

C'est l'histoire d'un cercle magique réuni le temps de nous sentir  toutes et tous, riches de l'ici et de l'ailleurs, migrants dans nos propres histoires, en recherche de nouvelles pages blanches pour y écrire l' avenir. En marche à la file indienne sur un fil d'encre vers cette autre face de soi que seul l'autre permet d'apercevoir. Espérant quelques paroles précieuses, quelques écrits offerts qui puissent aider à passer le gué pour atteindre l'autre rive.

Dans ce cercle d'écriture, je fus passeuse, fille et femme aux origines mêlées, blanche de peau et si souvent noire de coeur. Passeuse qui devait amener le verbe à se délier, l'écriture à mener la danse et les voix à s'élever dans le grand silence de l'inconnu. Pour la première fois, j'ai pris le stylo moi aussi pour entrer dans le cercle d'écriture et partager mes mots métissés. Ce furent de beaux moments. De ceux qui laissent des traces dans la mémoire et marquent l'histoire de vie.