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photo: A. Trekker

C'est à Limeuil, petite cité médiévale du Périgord où la Vézère rejoint la Dordogne que nous l'avons découvert, à l'arrière d'une petite place à côté de la maison du tourisme, un peu à l'écart de la rue principale où se découvrent les enseignes d'autres artisans. Le tresseur de paille travaillait patiemment sur la table posée dans une pièce ouverte aux visiteurs par une porte à double battants. Les murs étaient couverts de ces tressages, des plus simples aux plus complexes. Les parures ressemblaient à des colliers ou encore à des totems. Les épis dorés attiraient le regard, comme s'il s'agissait de rayons de soleil. Il y avait quelque chose de magique dans ces parures.

En m'approchant, j'ai pu lire sur le carton que portaient ces tressages, cette phrase écrite en caractères réguliers et souples : "du blé dans la maison, c'est du bonheur toute l'année". L'aurions-nous oubliée cette sentence qui nous vient de loin: du blé dans la maison, c'est à la fois le pain qui nourrit, le grain qui promet de nouvelles récoltes et du bonheur rien qu'à le regarder. Je ne connaissais pas ce savoir-faire qui demande bien peu d'outillage, une matière à portée de mains ou de pieds pour aller cueillir les épis, un peu d'espace pour les laisser reposer, de l'eau pour les mouiller et leur redonner de la  souplesse et puis des doigts emplis de patience et de dextérité pour les tresser; La chose paraît simple mais comme tout ce qui est simple, elle demande une très grande sagesse.  

J'ai parlé avec l'homme qui tressait. Il m'a expliqué que les barbes du blé restaient  accrochées à l'épi tandis que celles de l'orge s'effritaient lors d'un simple passage entre les doigts. C'est ainsi qu'on pouvait distinguer l'un de l'autre. Que pour dépouissiérer les tressages, il suffisait de les passer sous l'eau. Que si des bestioles apparaissaient, il convenait de mettre la pièce tressée pendant un jour et une nuit dans le comptoir de congélation du réfrigérateur. Il égrenait ainsi des petits conseils emplis de bon sens avec un plaisir malicieux. J'ai acheté un des tressages et il l'a délicatement emballé dans un sac de papier avec deux anses tressées. Ce n'était pas grand chose mais c'était tellement juste et plein de charme que j'en ai gardé le souvenir d'un moment de perfection durant les heures et les jours qui ont suivi la rencontre.

Le tressage  a trouvé la poutre où s'accrocher dans notre maison. Je le regarde en passant et je vois le visage de l'homme, barbe et cheveux grisonnants mais surtout ses mains qui tressent sans hâte aucune, avec une adresse  tranquille. Et je me dis que la rencontre de tels artisans vaut bien tous les stages de méditation ou de pleine conscience du monde.   

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