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Photo: le jardin de Tellin (A. trekker)

Il y a avait le dessous de la table où me cacher, les tentes dans la cour pour m'évader,

le fauteuil du divan pour conquérir mon ouest.

Il y avait les vacances au bout de l'année, au bout du sentier du temps obligé

pour goûter la liberté salée de la Méditerranée, laisser s'ébattre le corps chiffonné,

nous retrouver tous les cinq autour d'une table où nous restaurer,

nous côtoyer, trois générations sur le même sentier.

Il y avait ces quelques visites au pays des racines, dans la vieille ferme ardennaise

et aussi ces traversées vers la mer du Nord, parenthèses pour l'âme en liberté.

 

Il y a la maison de Tellin si longtemps rêvée, aujourd'hui rénovée,

ses soirées auprès du poêle à bois, ses journées d'écriture,

l'accueil des petits-enfants dans le grand jardin coloré de roses en liberté

et de verdure devenue terrain d'aventure,

la vue ample sur les collines de la Famenne, rappel des terres maternelles.

Il y a la maison de Daglan, coup de coeur, fugue inattendue et inespérée

vers le pays de la renaissance après la brisure de père,

dans la mémoire chuchotée du compagnon rouge.

Posée au coeur du Périgord noir, près de la rivière Espérance,

celle qui appelle à renouer avec l' histoire qui m'a modelée,

écriture à même les parois enfouies de la mémoire.

Celle qui évoque plus qu'elle n'expose la reliance aux racines paternelles.

 

Il y aura d'autres lieux semés sur ma ligne du temps,

plantés au coeur de l'avenir, entre voyages et lieux de passage,

avec Pierre, le compagnon sur les chemins de halage,

et le cortège qui s'allonge des fils et filles, petits-fils et petites filles

le regard fixé vers l'horizon, au fil du temps qui passe

et laisse ses traces sur nos visages devenus paysages.

Il y aura ce murmure du futur qui nous incite à avancer

quoiqu'il arrive vers ces points d'interrogation qui invitent à accueillir

les tournants de la vie comme autant d'échappées à saisir

pour s'étonner de nouveaux désirs.