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Photo:Annemarie Trekker

Cela fait deux années que je prends régulièrement le train pour animer à Bruxelles les tables d'écriture le vendredi.

Le choix d'habiter en Ardennes implique ces trajets aller et retour, au petit matin et en soirée, ce qui à la fois m'offre une parenthèse, une respiration et provoque une lassitude. 1heure 40 à chaque fois. Il faut partir tôt avant le lever du soleil en hiver et revenir tard lorsque déjà la lumière du jour s'est éteinte. Le matin, le train me cueille mal éveillée et frileuse, une lecture et un petit chocolat déposé dans mon sac pour agrémenter le trajet. Je vois se lever l'aube sur des paysages et des villages dont la face cachée me ravit. Le soir, il s'agit de guetter le même paysage se fondre dans l'obscure. Ces retours se révèlent bien plus pénibles parce qu'il y a foule et que je suis fatiguée. 

Sur le quai, vendredi dernier, je suis une heure en avance sur mon horaire habituel. Une voix annonce l'arrivée du train et se fait laconique sans préciser les arrêts ni la composition comme s'il ne s'agissait pas un train qui mérite qu'on s'y arrête. Un convoi de l'entre-deux qui perd ses voyageurs en cours de rails pour s'arrêter au milieu de nulle part, ma gare qui sera le terminus..

Mes yeux s'écarquillent en le voyant arriver. Tout bariolé de tags, il m'oblige à chercher du regard la porte d'entrée. Je grimpe dans un wagon de première classe dans ce qui se révèle être un très très vieux train. La porte à moitié ouverte des toilettes laisse entrevoir un lavabo et une  cuvette de WC qui me rappellent les voyages de mon enfance. Une odeur particulière me saisit. Mais oui, cette fragrance du voyage mêlant à la fois  poussière et aventure. Les sièges recouverts d'un velours aux teintes passées, couleur parme parsemée de fleurettes décolorées s'avèrent d'une étrange douceur. Je me pose et découvre que derrière ce laisser aller apparent, une tendresse oubliée m'accueille. Les sièges sont confortables comme les genoux d'une vieille nounou. tout à l'inverse des coques raides des nouvelles rames automotrices acquises par la SNCB, les "desiro" dont le nom seul provoque déjà les crampes au dos. 

S'annonce le départ. Quelques secousses, un vieux cheval qui hoquète avant d'accepter de tirer la charrette. Puis tout rentre dans l'ordre. Un bien-être hors du temps se répand dans le corps, le train va et je le suis. Le train roule et la confiance renaît en la vie qui s'écoule simple et tranquille. A mesure que nous hoquetons à chaque gare, les souvenirs me reviennent et je rajeunis. Je me laisse bercer par ce train qui remonte le temps. Le monde dehors défile et me regarde. Je lui souris. Arrivée, je le quitte avec une once de regret. Ce voyage m'a déplissée.

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