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photo:A.Trekker

Quel sens donner au silence?

Il nous est à tous arrivé d'adresser une lettre, un courriel, une demande, une proposition, un mot de sympathie ou une question banale ou essentielle à des personnes proches ou à des relations professionnelles et de ne recevoir en retour qu'un... silence.

Une amie s'interrogeait il y a peu sur cette pratique de l'absence de réponse à ses questions envoyées aux personnes qui dirigent l'institution dans laquelle elle s'est engagée. Quel sens donner à ce silence de mort? L'apposition de ces deux mots m'a fait réagir. Silence et mort ! Je vois bien en quoi cela résonne dans mon histoire auprès d'un père, cet inconnu familier qui n'a pas pu, pas voulu ou pas su rompre le silence qu'il m'a imposé tout au long de sa vie et de sa mort. Depuis son suicide, faute d'avoir une réponse au sens de son silence, du moins je puis vivre dans la certitude de n'en jamais recevoir. Faute de paroles, l'homme a choisi de passer à l'acte. Le silence fait le lit de la violence. Je saisis mieux combien au fil des années j'ai cherché dans le livres et auprès d'hommes "engagés" ces paroles qui m'ont tant manqué et combien je suis sensible à toute personne qui "me" parle. Par chance on peut construire sur ses manques.

J'ai aussi cherché à débusquer les sens possibles de cette pratique du silence et comment y réagir :

-  C'est juste un oubli. Il ou elle a oublié de vous répondre. Une hypothèse relativement confortable mais fragile car la question rebondit en miroir : "suis-je donc une personne qui suscite l'oubli?"

- C'est une négligence ou une indifférence volontaire. Il ou elle ne souhaite pas vous répondre car vous et votre question l'embarrasez. Pas génial pour le moral mais acceptable s'il s'agit d'un silence passager.

- C'est un vrai refus de vous répondre. Il ou elle ne veut pas s'exprimer, ni vous donner des informations. C'est un enjeu de pouvoir. Deux positions sont possibles: insister et mener le combat, ce qui s'appelle s'engager. Bonne piste à condition d'avoir des soutiens, si possible d'ordre juridique et une bonne sécurité intérieure. Ou s'éloigner avant d'être écrasé par la machine à faire taire ceux qui en savent trop et/ou qui osent poser des questions. On est proche d'un monde totalitaire.

- Une indifférence en pointillé. Pour l'autre vous êtes un jouet. Il ou elle décide, après vous avoir séduit par de belles paroles, de faire silence pour vous signifier la punition en cas d'insoumission. Tant pis ou tant mieux si cela vous angoisse, si vous ne comprenez pas. A ce petit jeu de l'emprise, il ou elle se sait le plus fort, c'est lui ou elle qui tient le fil. Si vous réagissez, vous le ou la renforcez dans son jeu. Juste savoir que la manipulation perverse est un système difficile à déjouerr... sinon par la fuite lorsqu'il en est encore temps.

Quel que soit le sens du silence, finalement l'important c'est de trouver en urgence d'autres lieux, d'autres personnes pour en parler. Parce que la relation humaine passe par la parole vitale. Créer des lieux, les faire vivre pour que l'échange des idées, des pensées, des émotions, des blessures, des désirs, des projets, des souvenirs, des questions, des explorations, des explications, des engagements,... puisse nous maintenir dans le lien à l'humain. Car l'imposition du silence "absolu" rend fou !