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Photo. A.Trekker

A Louvain-La -Neuve, il y a quelques jours nous avons célébré non pas des noces mais des naissances de papier. Trois livres, premiers nés dans la collection "Encres de vie" dont j'assure le rôle de "passeuse" au sein de la nouvelle édition l'Harmattan Belgique.

Ils et elles étaient une quarantaine au rendez-vous pour découvrir ces triplés de papier qui sentaient encore l'encre du ventre. Trois livres d'auteures, femmes d'écriture: le premier portait pour nom "A la source de mes mots, le fleuve Congo" Dans la rythmique même de ce titre se révèle la souple et lancinante langue d'une femme étonnante, Agathe Gosse, romancière et aventurière de l'ailleurs intime. Celle qui écrit: Le récit de vie est un corps à corps. Exaltant, épuisant. Il en faut du temps, des silences, des avancées, des retraits pour oser se raconter." Pour oser s'enfanter, ai-je envie d'ajouter.

Mais déjà voilà que "Le goût de la terre.Vie et mort d'une famille paysanne", nous entraîne à la suite d'une femme de la terre, de sa terre, la Gaume. Marie Fizaine, autodidacte et fondatrice de la Fête des artistes et Artisans à Chassepierre observe sur trois générations la fin d'un monde: celui des paysans d'hier. Debout à l'avant de la charrette, Jérôme se coltinait avec les humeurs du vent et les cachotteries du soleil. Il flairait l'air boursoufflé d'odeurs en perte de vie. La terre meurt à la saison finie pour mieux renaître de son noble endormissement. La terre, comme les hommes entre en dormance pour préparer les nouvelles saisons de la vie.

Et puis la troisième se cache dans les montagnes du Haut-Diois, ayant gardé un pied en Ardennes mais l'autre bien implanté sur ces nouvelles terres d'aventures et galerie de portraits. Elle nous invite à découvrir "les couleurs de la musique, d'une guerre à l'autre au temps du cinéma muet". Anne Lauwers, nouvelle venue à l'édition nous offre un livre tout de fluidité, de son et de vibrations sur fond de canon.L'incroyable d'un mot éclaire la nuit comme un incendie. Nous nous sentions forts, grâce au poème, à l'obscurité, à la cataracte qui tombait du ciel.

Les trois lives étaient là, posés sur la table. Les trois femmes s'étaient accouchées, l'une d'un fleuve, l'autre d'une terre et la troisième du bruissement de l'air. Et voilà qu'un monde était né.

Au moment de présenter les livres, j'ai évoqué celui-là qui, en 2003, m'avait fait mère de ma mère, me portant pour la première fois vers un éditeur parisen au nom de vent chaud venu d'Afrique, l'Harmattan, pour y déposer "La mémoire confiquée". Pour celle qui m'avait enfantée et dont la mémoire s'était envolée, j'avais osé braver les frontières invisibles de l'interdit, pour déposer le bouquet de mots sur sa couche.

A Louvain-La-Neuve, il y a quelques jours, nous avons célébré non pas des noces mais la naissance de triplés de papier. Alors est arrivé le bouquet, celui qui saluait le travail de l'écriture, celui de la vie. Et en un instant, j'en fus comblée.