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Nous avons aménagé le grenier de notre vieille ferme pour en faire une grande chambre supplémentaire. Les petits nouveaux venant poindre le bout du nez et agrandir notre famille, cet espace supplémentaire sera le bienvenu dans les années à venir. Mais chaque transformation en entraîne d'autres. Le grenier était empli de caisses entassées par nos enfants, dans l'attente de trouver une maison suffisamment grande pour récupérer leurs "trésors" dormants.

C'est ainsi que nous avons entrepris la réouverture de caisses afin de trier, jeter, donner et garder ce qui nous paraissait l'essentiel. Des livres surtout. Parmi eux, une série importante de volumes de la bibliothèque rose, dédiés au "club des cinq" de Enid Blyton. Je cherchais les "Oui, oui..." mais sans les trouver. Je viens d'apprendre qu'ils logent dans la cave de notre fils aîné qui les a conservés dans ses chambres successives, puis dans les caves successives de ses logements d'adulte. Dans quel état?  Il aménagera bientôt avec son épouse et son petit garçon dans une nouvelle maison et là aussi le trésor remontera à la surface, poussiéreux, mystérieux et précieux.

Le nôtre est descendu d'un étage et a pris place dans un ancienne bibliothèque placée dans la chambre de nos petits enfants. J'y ai rangé la quinzaine de "club des cinq", après les avoir sortis de leur caisse. Lorsque nos deux petits-fils de 8 et 6 ans sont venus en vacances de carnaval, je leur ai montré les livres et expliqué qu'ils avaient été lus par leur papa, leur oncle et sans doute leur tatie. Une petite lumière d'intérêt et de surprise s'est allumée dans leurs yeux. Ils ont pris un livre, l'ont regardé, feuilleté pour voir s'il y avait des images. Elles étaient rares mais ils les ont contemplées longuement. Et puis on a décidé ensemble qu'on allait lire. C'était "Le club des cinq et l'île au trésor". J'ai commencé la lecture à voix haute et ils se sont assis près de moi dans le salon. J'ai craint qu'ils ne s'ennuient vite. L'action est beaucoup plus lente que dans les dessins animés à la télévision. Rien à voir avec "Bob l'éponge" !

Mais non, cela a marché. Ils ont écouté, ont posé des questions, en ont voulu encore. J'ai proposé à l'aîné de lire un chapitre tout seul et il a réussi. Nous avions six jours devant nous pour parcourir tout le livre et... nous y sommes arrivés. Oserai-je l'avouer, je me suis prise au jeu, impatiente de savoir la fin? Et émue comme un enfant lorsque le père de Claude, d'habitude si revêche, lui caresse les cheveux avec quelques mots d'admiration pour son courage.

Lorsque leurs parents sont venus les rechercher, ils ont fièrement annoncé: " On a lu un livre que papa lisait quand il était petit... et il y en a encore plein d'autres dans la bibliothèque de notre chambre qu'on pourra lire !" Je me suis dit que peut-être être grand-mère c'est aussi être passeuse d'histoires.