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Photo: A. Trekker

"Une fleur de corail que le soleil arrose

C'est peut-être pour ça malgré ton rouge et noir

C'est peut être pour cela qu'on te dit Ville rose"

C'est la voix à l'accent léger mais prégnant de Nougaro qui revient d'abord en mémoire lorsque Toulouse s'offre au regard, affichant tous les dégradés de la brique, du rouge au rose, qui la fait s'offrir à la caresse du soleil pour des noces avec un ciel soudain si bleu.

Le train s'arrête en gare de Toulouse Matabiau. J'y arrive avec des bleus à l'âme, du rose aux joues. La compagne d'un de nos enfants est partie sans explication. Je viens de l'apprendre, il y a deux jours à peine. Deux jours de peine. Mes yeux saignent de trop de départs sans au revoir. Je vois la vie en brume. 

Là, en bas de l'escalier qui mène vers la salle des guichets, ils nous attendent. S. et T., nos amis, mes compagnons d'écriture. Et la douleur d'un coup se fait plus discrète, un plaisir furtif se glisse dans la poche de tristesse. Depuis combien de temps, n'ai-je plus vu de silhouette familière sur le quai d'une gare, dans le hall d'un aéroport qui, d'un signe, vienne me chuchoter que l'on m'attend ?

Nous allons passer trois jours, Pierre et moi, dans cette ville inconnue. Ce n'est pas le rêve que je suis venue chercher mais la force de l'encrage dans une réalité. Celle d'un projet, celui d'un livre avec nos amis, eux aussi écrivains et animateurs d'ateliers d'écriture. Et nos discussions à la fois m'avivent et m'épuisent. Je retrouve le terrain solide de la créativité. Nous passons à la librairie Terra Nova pour organiser une prochaine présentation de mon livre puis nous dînons ensemble dans un restaurant qui affichent le projet : "Les copains d'abord" . La vie reprend ses droits, impérative.

Le dernier jour nous offre un réveil illuminé, le lit face au soleil et l'éblouissement de la tristesse envolée. Une plénitude retrouvée, le temps de la trève. Se promener au fil des envies, longer les quais de la Garonne et rejoindre la place du Capitole. Déjeuner dans la brasserie "Le Florida", avec son ambiance "Belle époque", qui fut le repère des réfugiés espagnols, puis des étudiants avant de devenir celui d'un public plus hétéroclite. Passer quelques heures à flâner sur le marché de Noël. C'est le miracle des voyages d'offrir ces échappées, ces embellies dans un ailleurs qui invite à la rencontre du désir intime,  souvent insaisissable dans le décor du quotidien. Comme une enfant, regarder le monde avec curiosité et étonnement. Puis retrouver les amis sur les banquettes du Bibent, l'autre brasserie sur la même place, pour un dernier échange, une dernière conversation, dans l'intensité d'une ou deux heures volées avant le départ. On se reverra dans deux mois. Et déjà on espère ces retrouvailles.

Puis au "point presse" dans la gare, juste avant que ne s'affiche le numéro de quai de notre train, acheter un livre, de Grégoire Delacourt, un auteur que je ne connais pas mais dont m'a parlé S. et qu'elle m'a conseillé de découvrir. Tout nouveau, qui vient de paraître avec ce titre prometteur: "La liste de mes envies"! Dans le train, l'ouvrir et bien aimer l'incipit " Toutes les peines sont permises, toutes les peines sont conseillées; il n'est que d'aller, il n'est que d'aimer" ( Le futur intérieur, Françoise Leroy). C'est sûr, cela me parle...