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Photo: A. Trekker

Cet été, nos deux petits-fils aidés par leur maman ont posé les gestes séculaires de bâtir une cabane de pierres comme celles érigées par les anciens dans ces terres caillouteuses du Périgord. Un lieu pour s'abriter et parfois travailler.

Se construire une maison de pierres sèches, poser une à une, dans un juste équilibre ce qui nous protègera sans nous enfermer. Combien en ai-je construites, petite fille de ces maisons éphémères qui s'inscrivaient dans mes rêves d'avenir. Elles furent rarement de pierres, plus généralement de draps de lits troués et de vieilles couvertures élimées, le tout supendu sur des fils à lessive. Que de voyages j'y ai imaginés, à l'abri du regard des adultes. A chaque fois, je m'en rends compte aujourd'hui, deux éléments revenaient dans l'histoire : à l'intérieur de l'abri régnait la sécurité de la vie avec mes enfants poupées que je nourrissais et berçais, au dehors surgissaient les risques du monde, de la guerre et des ennemis avec aussi tout le sel de la conquête et de l'aventure. L'un n'allait pas sans l'autre.

Cet automne, après la trêve dans le Périgord, je suis revenue vers notre maison de pierres en Ardennes avec ce même esprit de l'enfance. Nous avions évoqué durant nos mois de transhumance dans le Sud-Ouest de quitter  cette maison aimée et amoureusement rénovée pour retourner vers la ville et y trouver davantage de sécurité et de facilité.

Avaient surgi mes cauchemars et ces matins brumeux et nauséeux de questionnement. Quitter notre maison des grands paysages pour un petit appartement cocon en ville? Quel renoncement! Certes, la raison m'y poussait mais tout en moi s'y opposait. Le corps rechignait, le dos se durcissait, la tristesse m'envahissait. Etrangement, c'est peut-être en regardant nos deux petits-fils construire leur première cabane de pierres que j'ai compris combien renoncer à notre vieille ferme un peu rude mais tellement vivante serait mourir à mon désir d'exister.

Il faut parfois pousser le raisonnement jusqu'à sa fin ultime pour saisir où nous portent nos vrais choix de vie. Il faut parfois juste imaginer au plus près la mise en acte réelle d'une décision et puis la prendre ou y renoncer ! D'un coup sec se laisser envahir par l'évidence. Et vous, quelle est votre cabane ?

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