C'était mon père. Il a souvent joué à être un cerf-volant. Parfois proche, parfois lointain.

J'ai toujours craint qu'un coup de vent, un coup de colère ou de folie, l'emporte vers l'ailleurs.

Un jour, c'est arrivé. Il s'est envolé. Ma main a lâché la ficelle, j'ai perdu l'équilibre.

Je me souviens, c'était un jour lumineux de l'hiver 2012.

Nous nous promenions, Pierre et moi, heureux de sentir la caresse du soleil revenu.

Il y eut un coup de téléphone. Il avait disparu depuis le vendredi 13 janvier.

Nous sommes rentrés et je me suis mise à écrire, jouer de mes doigts sur le clavier,

accrochée à la musique des mots pour ne pas laisser le chagrin me submerger.

Je l'avais toujours su et pourtant j'avais espéré jusqu'au bout ...

qu'il me revienne après des années d'errance.

Mais il est parti "sans un adieu, sans un je t'aime".

Je ne suis pas allée à Nantes, sur les pas de Barbara

seulement à Liège, au fond d'un couloir, à la police judiciaire.

Il n'avait laissé aucune trace... seuls mes doigts sur le clavier ont dessiné son ombre.

Le temps a passé, nous l'avons cherché, je l'ai appelé.

Un passant a vu son corps sans vie flotter sur le grand fleuve tranquille.

Alors je l'ai couché dessous mes mots,

et de mes mains lui ai tissé un linceul de phrases,

afin qu' il repose "dessous les roses"

lUn père cerf-volant