Que de décisions au cours d'une vie se prennent ou se déprennent sans même que nous soyons présents ou consultés... comme si le monde et les autres orientaient notre avenir, se contentant de notre assentiment tacite.

Ainsi de la naissance. Avaient-ils réellement le désir de me faire exister ces deux-là qui m'ont donné la vie? Il semble que oui. Ils m'attendaient et m'espéraient. Ils m'ont accueillie avec plaisir et bonheur et je leur en suis reconnaissante. Mais avaient-ils conscience qu'à travers moi, c'était une nouvelle existence qu'ils mettaient au monde. Pressentaient-ils qu'un jour j'échapperais à leur désir pour m'appartenir?  Je ne le crois pas et l'arrachement fut difficile, de part et d'autre. Il  fallut que je leur sois infidèle pour oser cette deuxième naissance qui après la vie me donnerait l'existence. Il fallut au fil du temps poser les gestes et les choix qui affirment ma présence à l'écart d'eux, sans eux et  parfois contre eux. Il fallut refuser les faux compromis ou les aveuglements pour poser des engagement forts et... en payer le prix.

Il fallut m'ancrer dans mon histoire pour décider et re-décider que la maison que j' habite est bien celle que j'ai choisie, loin de la ville et de ses facilités, au milieu des grands paysages. Que le compagnon qui vit à mes côtés depuis plus de trente années est bien l'homme que je désire malgré ses défauts, dans sa très belle loyauté. Que l'écriture, les animations et les formations qui parfois m'épuisent sont aussi les sources de mon énergie vitale. Que mon corps vieillissant, malgré les marques des ans, est aussi celui que j'accepte et que j'honore pour sa fidélité.

Mais encore il me faut décider chaque jour, chaque semaine, d'un nouveau voyage, d'un autre livre à écrire ou lire, de surprenantes rencontres à accepter ou susciter et ... pourquoi pas d'une nouvelle petite folie à m'octroyer... parce qu'il ne suffit pas d'une seconde naissance, encore faut-il  nourrir cette "existence" en l'invitant à parcourir et découvrir un peu plus le monde chaque jour. A petits ou à grands pas.

jp vander straeten 135

photo/J.P VanderStraeten